Je ne vous oublie pas mais, avec la préparation des fêtes de Noël, je suis très occupé en ce moment...
Voici, ci-dessous, un article que je viens d'envoyer et qui va paraitre dans une revue de la ville de Roanne (42) : "Lumière sur la Ville". S'appuyant en grande partie sur un article que j'avais rédigé l'année dernière, il vous rappellera comment les philippins se préparent à vivre Noël dans leurs paroisses et leurs familles. Bonne lecture...
Maligayang Pasko !
Noël aux Philippines dès le mois de Septembre
Les philippins croient aussi au Père Noël... Bien qu'appelé ici "Santa Claus", pas d'erreur possible : il a le même look occidental ! C'est qu'ici, pour l'aspect païen, on ne lésine pas sur les moyens...
Depuis déjà début septembre, résonnent inlassable-ment les chants traditionnels de Noël dans tous les Malls ; les guirlandes électriques clignotantes ornant partout les vitrines, les maisons, les jardins et les rues ; des crèches, grandeur nature, trônent devant les bâtiments officiels, les églises et les entreprises ; des étoiles multicolores, en papier vitrail, éclairées de l'intérieur par une ampoule, illuminent les rues. Quelques enfants aux carrefours proposent mille et unes guirlandes réalisées à partir de matériaux de récupération.
Mais ne vous fourvoyez pas, dans tout ce tapage commercial incessant, les Philippins n'en oublient pas l'essentiel. Au contraire, tout en apprêtant les décorations de leur logement, ils préparent d'autant plus leur c½ur à accueillir le Roi des rois, l'Enfant Jésus, Dieu fait homme, en multipliant les pèlerinages, les démarches pénitentielles et les dévotions mariales.
Petit aperçu de la préparation des fêtes religieuses...
Dans un pays en majeure partie catholique, Noël aux Philippines est, avant tout, une célébration religieuse. C'est la saison pour fêter la naissance du Messie, notre Seigneur Jésus-Christ. Pendant neuf jours, à partir du 16 décembre, les philippins vont à l'église pour assister à la messe appelée "Misa de Gallo", à 4h30 du matin. Historiquement, ce sont les frères espagnols qui ont introduit cette tradition pour permettre aux fermiers d'assister à la messe avant de se ren-dre aux champs. De nos jours, c'est devenu une célébration majeure dans le temps de l'Avent.
Ainsi, tous les matins de la neuvaine précédent Noël, je me suis levé à 2h30 du matin pour aller à cette fameuse célébration avec les enfants de la Fondation TNK. Pourquoi si tôt ? Mais parce que déjà à 3h30, l'église est pleine et quiconque tarde à venir se retrouve debout dans les allées pour vivre la célébration. C'était dur de se lever mais la joie était au rendez-vous. Jamais je n'avais encore vécu le temps de l'Avent avec une telle intensité.
Mon petit week-end de retraite, début décembre, m'avait bien lancé ; mais cette neuvaine, c'est plus qu'un bond, c'est une propulsion phénoménale dans la grâce de la Nativité. Il faut vraiment être présent pour voir avec quelle joie les philippins chantent pendant ces célébrations, avec quel enthousiasme ils accourent de toute part, avec quelle ferveur ils préparent leur c½ur à accueillir la venue de notre Seigneur !...
Pendant la soirée du 24 décembre, une tradition commémore la recherche d'une auberge par les parents de Jésus. Un jeune couple, habillé comme Joseph et Marie, frappe aux portes des maisons et demande aux occupants de les accepter. Comme la Bible l'a dit, le couple ne trouve pas d'hébergement. Cette cérémonie, appelée "panunu-luyan", s'achève quand le couple se rend à l'église avant le commen-cement de la "Misa de Aguinaldo", à minuit. La célébration de Noël atteint ainsi son sommet avec cette messe.
Les gens vont à l'église pour célébrer la naissance de Jésus-Christ. C'est une tradition sacrée pour chaque membre de la famille d'assister à cette messe. Pendant la liturgie de la Parole, le couple qui a joué Joseph et Marie, avec un groupe d'enfants, défile vers la crèche. Dès que la femme qui a joué Marie met la statue de l'enfant Jésus dans le berceau, l'assemblée exulte de tout coeur le "Gloria".
Il y aurait encore beaucoup à raconter sur les fêtes de la Nativité. Par exemple les nombreux groupes d'enfants qui font chaque soir du porte-à-porte en entonnant des chants de Noël pour recevoir quelques pesos, ou encore les nombreux pétards et feux d'artifices qui jaillissent de toute part...
Et à TNK, la belle journée de Noël s'écoule avec une tournée dans tous les centres de la fondation. Tous les volontaires avec les Pères, nous passons ainsi notre journée de Noël à visiter les 14 centres du "programme pour enfants des rues". Epuisant mais génial ! "Epuisant" car le rythme est enlevé et chaque visite rime avec spectacle, remise de cadeaux et repas. Mais "génial" car quelle joie de pouvoir serrer dans nos bras tous nos chers enfants en ce jour béni de Noël, quelle joie de les voir ouvrir chacun leurs cadeaux (personnalisés avec l'aide des staffs), quelle joie de partager ce temps de fête avec eux ! Bref, quelle joie !
Vivre Noël...
... dans la rue !
Minuit, carrefour de « Pantranco » – Jayson, chauffeur de Jeepney*, et Joy, vingt ans, sont fiers de me présenter leur fils qui vient de naître : June-June. Je les connais assez bien pour les rencon-trer presque toutes les semaines et c'est avec joie que je décou-vre ce petit bijou, suant dans ses linges, posé à même le sol du Jeepney. Au moins, il est au sec, protégé de la pluie battante !...
De fait, une nouvelle génération d'enfants des rues, nés dans la rue, qui ne connaîtront rien d'autre, grandit là, dans la plus grande misère de cette capitale. Demandant à Joy si c'est son premier enfant, elle m'explique que June-June est déjà le troi-sième mais qu'il ne connaîtra hélas pas ses grands frères puis-que l'aîné est décédé des suites d'une forte fièvre, dans sa pre-mière année, et le second a été enlevé à sa mère par la police pour être mené ... dans un orphelinat ! L'atroce vérité de la misère me frappe de nouveau. Seigneur, aide-moi à accueillir la souffrance de ces familles dans le silence et la prière !
Aujourd'hui, June-June a trois mois. Malgré les conditions déplorables dans lesquelles ses parents vivent, ce beau bébé est en bonne santé. Quelle splendide lumière de la Création au c½ur de ces ténèbres !
« La foi chrétienne a besoin de rencontrer et d'accueillir l' « autre » dans sa différence [...] pour s'ouvrir au Dieu « plus grand ». Cette expérience de la foi sera une re-découverte du mystère du Christ et, sans doute, la seule façon de l'annoncer efficace-ment au monde. » (Eloi Leclerc, Dieu plus grand)
En photo ci-dessus : Le baptême de June-June, avec ses parents.